Lou Reed Berlin Tour

Malgré un évident manque de publicité, le retour de Lou Reed sur scène est un événement de taille, surtout quand il s'agit de reprendre l'intégrale de Berlin, chef d'oeuvre maudit du maître. A l'origine seulement deux concerts étaient prévus à New-York et à Sydney, mais d'après la qualité remarquable de ses deux shows (qu'on s'était empressé de dénicher sur le web) et l'enthousiasme grandissant du public, il était impossible pour l'ami Lou d'arrêter en si bon chemin. Du coup on prend les mêmes et on recommence : Bob Ezrin à la direction artistique, Steve Hunter à la guitare (Déjà présent sur le Rock'n'Roll Animal), mais aussi un orchestre composé de violon, de saxophone et d'un piano, et d'une exemplaire choral d'enfant. La mise en scène est assuré par Julian Schnabel qui à adapter le disque sur pellicule pour l'occasion.
N'y allons pas par quatre chemins, tout est extraordinaire. Lou arrive sur scène en jean et en t-shirt, attrape sa six cordes et devient maître des lieux: Faisant taire les quelques cris parasites de spectateurs, et en donnant le départ.

En intro, une version courte de Sad Song qui émane directement sur Berlin donne tout de suite le ton. L'atmosphère étant semblable à un cabaret baroque d'antan, confirmé par le décor à l'esthétique chinoise. Ainsi Lou, d'une facilité déconcertante, continue sur sa lancée avec des versions sensationnelles de Men of good fortune, Caroline says I, et de How do you think it feels toujours sous des tonnerres d'applaudissement. L'originalité venant essentiellement de la manière dont Lou entame ses chansons, non pas en les chantants mais en les parlants comme s'il nous conté une histoire. Logique puisque Berlin est, pour reprendre une expression chère à Zappa, un film pour les oreilles.
Le meilleur reste à venir avec la deuxième partie du disque, que l'on pouvait bien distingué sur le vinyl, beaucoup plus sombre et acoustique que la première qualifiable de « glam rock », mais toujours avec un coté dépressif.
Apparaît également le film Caroline, de Lola Schnabel avec Emmanuel Seigner, sur le décor. Mais bien que de qualité esthétique, le spectacle est sur scène par la présence aussi fantomatique que rassurante de Lou Reed. On est alors impatient de découvrir The Kids et ses fameux cris d'enfants. La bande finale des cris est celle du disque mais est amplifié par la chorale et une chanteuse à l'incroyable palette vocale s'envolant de manière magique dans les aigus. S'en suit une étonnante version de The Bed, toujours avec la chorale pour le « Ho, ho what a feeling », et un jeu de guitare de Hunter d'une beauté a pleurer. Dernier morceaux pour l'orchestre avec ce qui restera l'une des plus belles chansons de tout les temps Sad Song. Version ressemblant étrangement à celle disponible sur le Lou Reed Live, transcendant celle d'origine ce qui , on en conviendra, n'est pas chose aisée. En effet Lou Reed et Steve Hunter batailles et croises littéralement leurs riffs plus que jamais électriques pendant que les violons pleurent et que la chorale déploie ses ailes jusqu'à l'apothéose d'un spectacle que Lou arrête, de manière symbolique, par un geste de main confirmant son statut de chef d'orchestre. Juste revanche.
Lou s'en va sur une standing ovation des plus folles et se laisse désirer pendant cinq bonnes minutes, avant de revenir glorieusement, à l'instar d'un dieu, sur scène. Reprise alors d'un monument du Velvet avec une version des plus dynamique de Sweet Jane plongeant la salle dans une hystérie collective sans comparaisons. Pour faire plaisir à son public, Lou conclu sur son unique tube Walk on the wild side avec la chorale pour le refrain et un saxophoniste pour le solo finale. Grandiose.
Les critiques de la tournée qui précédait la sortie de Berlin comparé les concerts à « Une messe noire dans une cathédrale gothique avec l'héroine pour Dieu », il y à toujours de ça mais cette fois la messe est vraiment dite.


